Gilles, 50 ans, DRH

Quand j’étais jeune, je passais pour être “bon en math”. Il s’agissait surtout à l’époque d’algèbre et d’arithmétique. Mais, au fil des années, au fur et à mesure que le bac se rapprochait, mes résultats déclinaient et, après une 1ère S insuffisamment travaillée,  j’ai passé un bac D (celui que passaient ceux qui n’avaient pas le niveau – en math notamment –  pour être en C…). Après quoi, j’ai entrepris des études d’histoire, soutenu ma thèse avant de m’engager dans la vie professionnelle. J’occupe actuellement un poste de DRH. 

Vous me direz : et les maths dans tout ça ?

Bon, d’accord, je n’en fais pas tous les jours, et, lorsque c’est le cas, cela reste à un niveau très relatif. Pour autant, cela m’est très utile et je vois bien la différence qu’il y a avec celles et ceux qui ne sont pas aussi à l’aise que moi – en toute modestie – avec les chiffres. Du reste, comme du temps de ma jeunesse, il n’est pas rare qu’on me dise ” Oui mais vous, Gilles, vous êtes bon en math… ! “. 

De quoi parle-t-on alors ? De ma facilité à, non pas contrôler les chiffres qu’on me donne, mais à vérifier leurs cohérences. Que ce soit entre différentes données comparables entre elles ou au regard des mêmes données recensées sur une autre période, l’année précédente par exemple.

Pour illustrer mon propos, je citerais l’exemple du bilan social de l’entreprise que nous produisons chaque année. S’il ne vous a jamais été donné d’en consulter, ce n’est plus ni moins qu’un assemblage sur quelques dizaines de pages de données quantitatives sur les effectifs, les rémunérations et le temps de travail. Lors de sa production, je ne vais pas contrôler chaque donnée que le logiciel produit. En revanche, je suis rapidement en mesure de voir si celles-ci sont cohérentes car je sais effectuer “à la grosse” des calculs de proportions ou des pourcentages d’évolutions. C’est essentiel pour pointer ce qui est à vérifier ou à justifier. Et c’est capital dans mon métier.

Autre sujet : lorsqu’il s’agit de piloter la masse salariale sur plusieurs années, de proposer des augmentations ou de négocier des budgets selon des ratios standards. Là-aussi, il est question de cohérence de chiffres et de projections réalistes. 

Quand j’y réfléchis, je constate que cela me plait de jouer avec les chiffres, j’y trouve même un côté ludique et stimulant intellectuellement. 

Je vois bien que cette gymnastique n’est pas toujours naturelle chez certains de mes collaborateurs qui, parfois, n’ont pas vu le problème d’aligner un chiffre en décalage complet avec d’autres présentés précédemment. Mais si moi je le laisse passer, nul doute que quelqu’un s’en apercevra. Et alors, une donnée ouvertement fausse car totalement impossible ou irréaliste entraine de facto la perte de crédibilité de l’ensemble du travail présenté.

Au final, je suis bien content d’avoir intégré une partie des enseignements de ma scolarité (j’ai eu notamment une très bonne prof de math de la 6ème à la 3ème), même si je regrette d’avoir décroché par la suite, avant tout par manque de travail régulier. Je le mesure d’autant plus quand mes collègues de la comptabilité ou du contrôle financier me présentent leurs propres données et projections, avec des analyses qui dépassent souvent, hélas, mes propres compétences !

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